19 février 1945 : ATTAQUE DU REFUGE TORINO

Le refuge Torino était un point d’appui incontournable du secteur du Mont Blanc, en fait les nazi-fascistes l’utilisèrent, le 15 février 1945, comme point de départ pour déchaîner une attaque féroce en direction du col du Midi. L’attaque fut heureusement repoussée par les chasseurs alpins français.

Cet épisode n’est que le préambule de notre récit car, pendant les jours suivants, les Français intensifièrent la surveillance du secteur.

Les aviateurs du Groupe d’observation 1/35, en particulier, assurèrent la surveillance des opérations ennemies sur le secteur. Ils décollaient plusieurs fois par jour, à partir du terrain d’aviation de Passy, à bord de leurs petits monomoteurs Morane Saulnier et ils se dirigeaient ensuite vers le front, sauf en cas de mauvais temps.

Surtout grâce à la présence presque permanente des aviateurs dans le ciel du Mont Blanc, les Français purent observer de nouvelles opérations de renforcement du détachement ennemi au refuge Torino, circonstance qui leur fit craindre l’imminence d’une deuxième attaque.

Ils devaient donc forcément réagir, afin d’empêcher l’offensive. Mais de quelle façon? Par quels moyens?

Il fallait surtout tenir compte de l’infériorité numérique des Français et de la présence de l’artillerie allemande dans les alentours du refuge.

La solution envisagée donc, considérée plus simple, rapide et efficace par rapport à l’éventualité d’un assaut par voie de terre (ou pour mieux dire voie de glace dans notre cas…) fut l’attaque aérienne, pour laquelle le 1er Corps Aérien mit à disposition quatre chasseurs bombardiers Spitfires du Groupe 2/7 « Nice ».

Les Spitfires, pilotés par le commandant De la Source, le sous-lieutenant Courteville, le capitaine Boursain et le major Bérard décollèrent de la base aérienne de Bron le 19 février 1945, à 15h45.

Les aéronefs arrivèrent sur l’objectif en empruntant le col de la Seigne, donc en s’abattant sur la cible du côté ouest.

Le vrombissement des puissants moteurs annonça aux ennemis l’arrivée des avions sur le refuge, mais il était désormais trop tard. Les Allemands n’eurent pas le temps d’organiser une réaction. Ils se limitèrent à quelques tirs cafouilleux d’armes légères sans jamais atteindre les chasseurs.

Les quatre Spitfires effectuèrent plusieurs passages en mitraillant l’objectif, jusqu’à l’épuisement des munitions qui alimentaient les mitrailleuses de 7,7 mm et les canons de 20 mm dont ils étaient équipés. Un dernier passage permit d’enregistrer les effets du mitraillage : une dense fumée se levait du refuge et plusieurs hommes étaient immobiles au sol. Il était le temps de mettre le cap à l’ouest, pour rentrer enfin sur Bron à 17h25.

Le bilan de l’opération fut positif mais pas complet, comme le commandement français avait espéré, car le mauvais temps avait permis d’exécuter seulement une sortie, au lieu des deux initialement prévues. Il faut dire que, malgré tout, le but principal était atteint : la redoutée attaque italo-allemande avait été arrêtée!

Pendant les semaines suivantes, la 27ème Division Alpine demanda encore plusieurs fois l’appui des bombardiers du 1er Corps Aérien, sans l’obtenir. Pour éliminer définitivement la menace ennemie sur le secteur du Mont Blanc, il faudra donc attendre le duel d’artillerie du 8 avril 1945.

Pour terminer ce bref récit, il est essentiel de consacrer deux mots aux aviateurs de l’Aviation du secteur des Alpes, c’est-à-dire le Groupe 1/35.

Ces aviateurs, issus en grande partie des formations de la Résistance, achevèrent une tâche méconnue mais capitale pendant la Seconde Bataille des Alpes : ils furent les yeux de l’armée de terre. Ils permirent de bien organiser toutes les opérations militaires françaises, en arrivant jusqu’à côtoyer les troupes sur les champs de bataille, en leur transmettant des informations vitales, en temps réel.

Tout cela avec des moyens souvent inadaptés. Il suffit d’examiner les modestes performances du Morane Saulnier MS500 : puissance de 240 ch, vitesse de croisière de 130 Kmh. En plus, le MS500 n’était pas conçu pour atteindre les altitudes nécessaires au survol des Alpes ; les aviateurs durent fréquemment le piloter comme s’il était un planeur, en exploitant les courants ascensionnelles pour combler les limites de l’aéronef !

En conclusion, les vicissitudes de l’Aviation des Alpes ont été le fil rouge le plus séduisant que j’ai pu trouver pour relier et raconter tous les évènements de la Seconde Bataille des Alpes de septembre 1944 jusqu’à la fin de la guerre, en lui donnant ainsi une perspective originale et inédite.

J’espère, chers lecteurs, avoir réussi de cette façon à rendre le récit de la trop méconnue Seconde bataille des Alpes plus envoûtant et palpitant, pour ne jamais oublier le sacrifice des hommes et des femmes qui se sont battus pour la liberté.

Ivan Ferrando

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